L’histoire de la corseterie

Un peu d'histoire avant de commencer

Du fait de l’utilisation de différents termes au cours du temps, j’aborderai ici davantage l’histoire des procédés utilisés par les femmes pour modeler leur corps (et uniquement les femmes, les hommes ayant également porté des « corsets »). 

Le modelage du corps dès l'antiquité

Les tentatives de modelages du corps apparaissent dès l’Antiquité, par l’intermédiaire de ceintures et de bandelettes qui permettaient de maintenir les hanches et la poitrine. Je vous laisse lire ce merveilleux article pour vous en apprendre un peu plus sur les artefacts et les désignations associées (zona, fascia, mamillare …), durant la période gréco-romaine. 

Par Illustrateur : Saint-Elme Gautier — « Le_Corset_à_travers_les_âges » (1893) d'Ernest Leoty ; page 29 ; fig. 3, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=244597

Le corps à baleines du Moyen Âge / Renaissance

Jean Fouquet - Vierge du Dyptique de Melun(milieu XVème siècle)

Il faudra ensuite patienter le XIVème / XVème siècle pour retrouver des écrits qui traitent de la modification du corps par le vêtement. 

Le mot « corset » apparaît au XIVème siècle. Mais il ne désigne absolument pas le vêtement tel qu’on l’imagine, celui du XIXème siècle. Il s’agissait alors d’un vêtement masculin long, destiné à être porté par dessus la cote. 

En revanche, le Moyen Âge voit justement apparaître de nombreux vêtements ajustés au moyen d’épingles, de laçages ou de ceintures, telle que la « cotte hardie » ou le « corps ».

Je vous propose ici d’écouter un extrait du livre édité à l’occasion de l’exposition « La Mécanique des Dessous » qui a été organisée au Musée des Arts Décoratifs à Paris en 2013. 

Cette compression du corps est rendue encore plus affirmée lorsque Ysabeau de Bavière (1385 – 1422) introduit les baleines à la cour de Bourgogne. Issus des fanons des baleines, ces lames cornées rigidifient le vêtement. Un peu plus tard, le matériau se diversifie avec des supports de bois ou de métal. 

Et peu à peu, on utilise alors le terme de « corps à baleines » qui se popularise au XVIème siècle. Sa forme changea continuellement au gré de la volonté de son porteur : tantôt la poitrine était mise en avant, tantôt elle était relevée, minimisée ou carrément aplatie. Souvent, le corps permettait de marquer la taille. Il marquait alors les hanches ou les rendant plus étroites. Le corps à baleines était alors devenu une véritable cuirasse, modelant le corps féminin. 

On peut estimer que la première période du corset se situe entre 1550 et 1650 avec l’influence de la mode espagnole, sous Charles Quint. La tendance s’étendit aux cours de France, d’Angleterre et d’Allemagne. 

Au milieu du XVIIème siècle, du fait des multiples guerres tiraillant les grandes puissances européennes à l’époque (Guerre de Trente Ans, guerre civile en Angleterre, conflits d’intérêt …), la mode cesse d’être unique. Et tandis que le vêtement perd alors en rigidité et en étroitesse, sous l’influence des bourgeois hollandais, la cour du Roi de France (Louis XIV – 1643 – 1715) réintègre le corps pour mettre en valeur le buste et le décolleté. Ils étaient alors modelés dans de la grosse toile, lacés devant et derrière, et recouverts de tissus plus nobles. 

La période rococo (1730 - 1789)

Le manque de modération est le trait caractérisant principalement cette période, que l’on appelle aussi « galante » : Les perruques étaient toujours plus hautes, les décolletés toujours plus larges et bien évidemment, les corsets, longs, de forme conique et lacés de manière à rendre la taille fine, contrastaient avec les jupes à crinoline et les vertugadins, toujours plus larges. 

Mais déjà s’élèvent des voix comme celle de Rousseau, qui clame un retour un à la nature et à une vie simple. 

Le XIXème siècle et l'avènement du corset

A l’époque de la Révolution Française et du Directoire (soit une petite dizaine d’années), la mode fait disparaître le corset. Il fallait bien évidemment marquer la rupture avec la Monarchie destituée. L’Empire fait place aux robes fluides « taille empire ». Le retour du corset date timidement de 1810 mais véritablement de 1840, début de l’ère victorienne également appelée nouveau rococo. Les corsets, difficiles à coudre du fait de leur rigidité, étaient alors confectionnés par des artisans tailleurs. Au milieu du siècle, des manufactures profitent également de l’engouement pour ce type de vêtement. 

En 1859, un journal parisien relate le récit d’une tragédie : une jeune femme admirée pour la finesse de sa taille, mourut subitement, deux jours après un grand bal. « Il fut décidé de pratiquer une autopsie. Le résultat fut étonnant : le foie avait été percé par trois côtes !!! ». Cependant, il s’agit du seul cas avéré, permettant aux opposants du corset d’abonder dans leur sens. 

La fin d'une mode ...

Et c’est finalement vers 1920 que le corset disparaît des garde-robes féminines. Plusieurs facteurs sont notables :

  • La Première Guerre Mondiale contribua fortement à l’émancipation de la femme, qui dut alors remplacer l’homme aux champs, dans l’industrie, dans les transports … 
  • La pratique du sport a permis aux femmes de se réapproprier leur corps naturel. 
  • La revendication de l’égalité des sexes démarra à cette époque : la femme adopta alors une mode masculine, sans forme (poitrine plate, cheveux courts, formes effacées, vêtements amples). 
  • Paul Poiret créa une robe de type chemisier à porter sans corset, qui libéra la femme.  Il devient alors pionnier du mouvement d’émancipation féminine.
Le corset disparaît alors pour laisser place à une ceinture gainante élastique, destinée à aplatir la poitrine. Elle fut complétée par la suite, par le soutien-gorge. 

Depuis lors, le corset ne s’invite que très rarement, dans des défilés de haute couture ou lors d’événements comme par exemple lors de la tournée de Madonna en 1990, Blond Ambition Tour, où elle fait appel à Jean Paul Gauthier pour lui créer le fameux corset conique qui fait tant parler de lui. 

On peut également parler de ces femmes pour qui le corset est un art de vivre : 

  • Ethel Granger (1905-1982) qui détient aujourd’hui le record de la taille la plus fine du monde soit 33 cm. 
  •  Cathie Jung (voir vidéo ci-dessous) qui est l’actuelle championne du monde toujours en vie, avec 38 cm de tour de taille. 
Corset conique de Madonna pour sa tournée Blond Ambition Tour, en 1990